Fatiha Boudjahlat

Fatiha Boudjahlat, enseignante, cofondatrice du mouvement citoyen Viv(r)e la République

Quel est votre vision de la formation du citoyen de demain ?

Nous sommes dans une société multiculturelle. C'est un fait empirique que seuls les identitaires d'extrême-droite rejettent. Mais le multiculturalisme est bien autre chose, quelque chose de contradictoire avec la conception et la tradition républicaine de la Nation comme corps politique de citoyens éclairés qui sont cosouverains.  Nous assistons à un repli et à une crispation identitaire. Qui est le fait d'indigénistes et d'identitaires qu'il faut renvoyer dos à dos dans la mesure où ces deux courants extrémistes racialisent l'identité et les rapports sociaux. On ne peut plus se contenter de parler de vivre-ensemble, vaine incantation, ou de parler du commun qui s'est réduit au plus petit dénominateur commun. Il faut retrouver le politique et le sens de l'intérêt général plutôt que le repli sur la tribu.


Votre essai, Le grand détournement, vient de paraître aux éditions du cerf, quel message souhaitez-vous passer ?

Mon essai porte sur le détournement de mots politiques importants que l'on croyait acquis et universels : le féminisme, la tolérance, la culture, la laïcité. Avec une obsession des identitaires et des indigénistes pour le facteur ethnique. Les citoyens ne s'assemblent pas parce qu'ils se ressemblent. Ils s'assemblent parce qu'ils s'entendent sur l'intérêt général.  Or, la tolérance a servi de prétexte à des intellectuels pour demander la dépénalisation de l'excision. Le néoféminisme s'oppose à la loi de pénalisation du harcèlement de rue, privilégiant ainsi l'intérêt des hommes à la souffrance des femmes. Le cultuel devient culturel et essentialise les personnes. La formation des citoyens au sens républicain du terme, le plus ambitieux qui soit, est plus que jamais un enjeu qui doit nous mobiliser.


La causerie du samedi avec Fatiha Boudjahlat
Parment
Samedi 7 avril 2018 à 15h