Tallisker

 

 

 

Eléonore Chomant, alias Tallisker, est une jeune artiste post-folk rouennaise. En 2014, elle a été lauréate du concours Inrocks Lab. Son premier EP, Implosion, est sorti la même année. Rencontre sensible entre voyages, contradictions et vague à l’âme.

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Tallisker est un whisky, un lieu-dit sur l’île de Skye en Ecosse, et votre nom d’artiste. Qui êtes-vous vraiment ?

Un mélange de contradictions. Une jeune femme qui aime le bon whisky, le violoncelle et la guitare électrique. Je me suis construite en piochant, à droite et à gauche, des influences contradictoires. L’île de Skye est un lieu isolé et curieux, en pleine nature. Cela correspond à ma personnalité. Mais, en même temps, je suis urbaine, je travaille avec des machines. Je suis une femme-orchestre, seule sur scène, alors que les hommes-orchestres sont plus nombreux. J’aime les combinaisons et les personnes surprenantes.

Ce mélange de contradictions vient-il de votre goût pour les voyages ?

Entre 18 et 21 ans, j’ai fait le tour de l’Europe du nord avec un pote. On avait peu d’argent. On faisait de l’autostop, on dormait gratuitement chez l’habitant. Ces voyages m’ont donné une grande sensibilité aux paysages et aux cultures du nord. Durant mes études, en master d’anglais, je me suis intéressée à l’histoire de l’Irlande. J’ai fait des interviews sur place, je voulais être journaliste. J’ai aussi passé du temps en Ecosse. J’ai donc l’impression de plus appartenir aux cultures scandinaves et anglo-saxonnes.

Vous chantez en anglais avec une voix d’ange. Vous vous inspirez du groupe islandais Sigur Rós et du chanteur américain Andrew Bird. Comment définiriez-vous votre musique ?

La musique de Sigur Rós et d’Andrew Bird montre une fragilité. Ils ont l’art de mettre en valeur la fragilité dans toute sa puissance. Une chanson fragile n’a pas besoin d’être fragile dans sa forme. On peut parler de choses sensibles avec des arrangements puissants et complexes. Il y a une âme, un souffle dans leurs chansons, qui me touchent physiquement. J’aime ce vague à l’âme, qui n’est pas complètement triste. On a envie de le suivre, de se baigner dedans. C’est comme une fumée de geyser, qui enveloppe.

Je m’inscris dans ce sillage. J’ai envie d’emmener les gens, sans qu’ils comprennent vraiment ce qui se passe. Au début, c’est tout doux. Puis ça gonfle, ça gonfle, et on a plus le choix. On est emporté crescendo et il n’y a plus de marche-arrière possible.

Dans mes chansons, il n’y a pas de morale, pas de discours politique. Il n’y a pas de tristesse, mais plutôt ce vague à l’âme. Quelque chose qui n’est ni agréable, ni désagréable.

Comment décririez-vous votre univers ?

Je fonctionne au paysage émotionnel. Je suis très visuel et cinématographique. Une chanson a un endroit, un état d’esprit, un moment. Lorsque j’écoute une chanson, je ferme les yeux et je revois le paysage correspondant. A une émotion correspond un paysage intérieur. Pour parler d’une émotion, je la transforme, en moi, en paysage.

Cela vient des voyages que j’ai faits et des films que j’ai vus. J’aime les histoires initiatiques avec un personnage solitaire, qui avance dans des endroits improbables et qui suit un chemin personnel. Je pense au film Transylvania de Tony Gatlif ou à Carnets de voyage de Walter Salles. Les lieux sont associés à des basculements de la pensée, à plus de maturité. Chaque lieu est un palier gravi.

Après Giverny, Berlin, quels sont vos projets ?

Trois choses sont importantes pour moi en ce moment.

Je mixe depuis peu et, en tant que DJ, mes propositions sont différentes de mes chansons. J’exprime de la joie, car j’ai aussi ça en moi. J’aime l’italo-disco, la musique un peu cheap des années 80. Ce second degré tourne en dérision les musiques électroniques actuelles surproduites. Les productions trop techniques privent la musique de son essence, de l’émotion.

Mon deuxième EP sort cet hiver, avec 4 ou 5 titres.

Et j’ai été la marraine de la dernière édition du festival Chants d’Elles. C’est un geste fort de leur part, un signe de reconnaissance. Je deviens une artiste confirmée. J’ai été l’attachée de presse du festival, je sais que les média s’intéressent plus facilement aux artistes internationales. Faire de la publicité pour les artistes moins connues est important. C’est bien de laisser de la place aux découvertes.

Agenda :

Lancement de l’application la « Sonothèque » et concert de Tallisker

En partenariat avec l’association La Fabrik à sons

Bibliothèque Saint-Sever

Samedi 23 janvier 2016